Orléans d’autrefois

mercredi 14 mars 2007
par Jack
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Revenons à mon quartier : dans la rue Louis Roguet, entre la rue des Trois Clefs et la place de la République, il y avait 4 bistrots : en venant de la place, le premier était petit, cependant il servait de siège à la "société de l’Amitié", qui réunissait des chanteurs, des conteurs, des danseurs et des artistes de théâtre amateurs qui se réunissaient au premier étage. Les soirs d’été, toutes fenêtres ouvertes, cela faisait pas mal de bruit, c’était une ambiance.
Au dessus du deuxième café il y avait l’appartement de M. Houzé, libraire de la rue Jeanne d’Arc. Cet homme était un historien de talent et son appartement était bourré de livres, mais sa maison était vétuste, et après la guerre, quand on voulut la démolir, les ouvriers montèrent sur le toit, et, stupeur, au premier coup de marteau la maison s’effondra comme un château de cartes. Heureusement aucun ouvrier ne fut blessé, c’est un spectacle que je n’oublierai pas.

Derrière ces cafés était la remise des fiacres d’Orléans. Je me souviens encore chaque matin de la sortie de ces équipages. Quand les fiacres furent remplacés par les taxis, l’emplacement fut pris pour réserve municipal des décorations pour les fêtes.

A ce moment le premier petit café fut détruit, et on construisit une petite salle des fêtes pour la "société de l’Amitié".

Maintenant tout cela est remplacé par la place Louis XI, où aboutit la petite ruelle étroite du Guichet au Pain qui menait autrefois a une petit place, à coté de l’église Ste Catherine, et où l’on vendait le pain.

La rue Louis Roguet était une rue très commerçante. En effet elle menait aux marchés, et l’on y trouvait au début du siècle boucher, charcutier, cordonnier, coiffeur, horloger, crèmerie, mercerie, même un serrurier et un fabriquant de grillage.

La première rue qui part de la rue Louis Roguet est la rue Etienne Dolet ; elle n’a pas toujours porté ce nom : en effet jusqu’à la rue des Pastoureaux c’était la "rue de la Petite Horloge", et ensuite elle portait le nom de "rue de la Clouterie", pour finir en "rue de Semoy". Ensuite, toute la rue s’est appelée "rue des Grands Ciseaux".
Tous ces noms proviennent de la présence dans cette rue de maisons corporatives. Au bout de cette rue, au coin de la rue Parisie, deux immeubles sont à signaler : un vaste immeuble en briques avec une tour carrée, c’était la Tour du Guet (actuellement maison d’un huissier). En face, formant l’autre angle, une maison renaissance qui était l’hôtel de Miron de l’Epinay (au dernier étage de laquelle se tint longtemps une loge de francs-maçons).
Toujours dans cette rue Etienne Dolet, nous trouvons à notre gauche la "rue de la Vieille Monnaie". C’est en effet là que se trouvait l’hôtel des monnaies des ducs d’Orléans. L’on y battit la monnaie jusqu’en 1553 sous le règne d’Henri II. Cet hôtel donnait aussi sur la place St Maclou (actuelle Place de la république), en face de l’hôtel des Créneaux qui servit d’hôtel de Ville à partir du 12 mai 1443, et ensuite de palais de justice, pour devenir enfin un musée des beaux arts et d’histoires naturelles.
C’est dans la cour de cet édifice que se trouve "le Beffroi" qui fut élevé sur une des tours de la première enceinte de la ville. Dans cette tour que se trouvent trois cloches prénommées "Cœur de Lys", "St Euverte" et "St Aignan". Le portail est celui de l’ancien hôtel Dieu qui se trouvait a coté de la cathédrale.

Comme tout à Orléans, l’hôtel de ville fut transféré en 1790 de l’hôtel des Créneaux à l’hôtel Groslot place de l’Etape. En face l’hôtel Groslot se trouvait la chapelle St Michel qui devint en 1792 le théâtre d’Orléans. Au fond de la place était le couvent de Jacobins qui fut transformé en caserne dénommé caserne de l’Etape, puis quartier Duportail. C’est à cet emplacement qu’est implanté un nouveau quartier sous un vocable orléanais de Champs Elysées.

Maintenant, le musée des beaux arts à été lui aussi transféré à côté de la cathédrale. De son côté le marché aux fleurs, qui était sur le mail Pothier, s’est retrouvé place de la République.

En descendant la rue Louis Roguet, et après avoir traversé la rue de Bourgogne, nous arrivons à la "rue de la Cholerie" : son nom vient de chou, c’était l’emplacement du marché aux légumes.

JPEG - 30.2 ko Et nous en arrivons aux grands marchés où se tenaient le marché à la volaille, les boucheries, les cours des halles, le marché au pain et la poissonnerie.

Ce marché s’appelait le Marché à la Chaîne, car le carreau du marché était entièrement entouré de chaînes, pour faciliter au bourreau la perception d’un "droit de havée", qui consistait à prendre à chaque marchand entrant dans le marché autant de denrées que sa main pouvait en tenir. Ce droit lui fut supprimé en 1770.

Au sud de ce marché se trouvait le palais du Châtelet, demeure des ducs d’Orléans et des rois de France de passage en notre ville.
De ce bâtiment il ne reste qu’une tour, au coin de la rue au Lin.
Cette tour servait de dépôt des instruments de torture utilisés par le bourreau, de plus cette tour était à coté de la place du Pilori (partie Est de l’actuelle place du Châtelet), où s’effectuaient toutes les tortures.

C’est en 1879 que furent construit quatre pavillons en fer, fonte, et brique, pour loger le nouveau marché. Ceux-ci furent démolis après la guerre de 1940 (dans les années 60) et remplacés par ceux que nous avons actuellement et qui contiennent aussi un grand parking.

Maintenant, descendons vers la Loire par les rue des Hôtelleries. Nous voyons devant nous, par basses eaux, les restes du pont médiéval ; ce fut le premier pont de pierre de la ville.

Nous sommes sur le quai du Châtelet : le glacis de ce quai provient de la démolition de la Tour Neuve. Ses matériaux permirent en 1793 de construire ce superbe quai où voici encore quelques années, les mariniers qui tiraient le sable venaient décharger leurs toues sur son bord, et même souvent le cribler sur place.

Sur ce quai arrivent plusieurs rues : celle de la Tour Neuve, qui vit le trafic des charriots desservant la vinaigrerie Dessaux. Ensuite la rue de la Poterne, qui a été longtemps la voie principale (decumanus) qui traversait la ville du temps de la première enceinte. Il reste à penser que cette rue venait finir sur le pont romain : il partait du bas de la rue, à la "Croche Méfroy", qui était d’ailleurs la culée de ce pont et en même temps sa défense.

Nous arrivons à la rue de l’Empereur ; dans cette rue, plusieurs maisons attirent notre attention : au 28, dite "maison de l’empereur", mais comme jamais un empereur n’est passé par cette rue, il nous reste à penser que cette maison était une hôtellerie où logeaient des étudiants germaniques de l’université, et de plus cet établissement devait servir de siège à une institution de 1303 qui avait comme emblème un drapeau frappé d’un écusson de l’empire romain et dont le chef avait le titre d’empereur.
Au 3 de la rue, une maison renaissance bien restaurée dont la base du toit est décorée par une belle gargouille monumentale.
Au 37, au rez-de-chaussée, les restes d’une belle maison de bois avec autour des portes, des sculptures ornementales bien conservées.
Il faut encore citer au coin de la rue du Poirier une maison nommée dans les archives départementales "La Maison des lacs d’amour" (ce qui donne bien son ancienne affectation)


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