Notre vieux tram à Orléans

vendredi 6 juillet 2012
par  Jack
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Nous venons d’inaugurer la deuxième ligne du Tram.
Pourtant nos aïeux qui n’avaient pas le matériel performant et moderne actuel mirent peu de temps à la réalisation de quatre lignes.

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Le 14 novembre 1874, Monsieur de la Hault est agréé pour l’exploitation du réseau.
Le 4 août 1876, l’état concède ce réseau à la Ville d’Orléans qui agrée alors la Compagnie Générale Française de Tramway (CGFT) à qui Monsieur de la Hault a cédé ses parts.
À la fin du mois d’Avril 1877, les travaux sont achevés et le dépôt installé au 172 rue du Faubourg Bannier.
Le 30 avril 1877, les premières voitures hippomobiles d’une capacité de 12 places assises et 16 places debout sur les plates-formes sont livrées.
Le 5 mai 1877, un arrêté préfectoral autorise la mise en exploitation de la première ligne de 4.875 km entre le dépôt et le faubourg Saint-Marceau au sud de la Loire.
Le 27 juin 1878, le tronçon les Aydes Dépôt est ouvert, ce qui porte à 6.191 Kms la longueur de la ligne (toujours à voie unique).
Le 1er mai 1884, la ligne est prolongée de Saint-Marceau jusqu’au Loiret.
Le 26 mars 1897, la CGFT demande l’adoption de la propulsion électrique.

Ainsi, après l’autorisation préfectorale du 21 février 1899, 2 groupes électrogènes sont acquis et délivrent chacun du 550 V/CC. Un 3e groupe renforcera le potentiel en 1902 et un 4e en 1909.

C’est le 28 juin 1899 que la traction électrique entre en service sur la ligne Bel Air-Martroi-Saint Marceau.
Le 15 août 1903, le tronçon Faubourg Saint-Vincent-Martroi-Faubourg Madeleine de la 2e ligne est ouvert. Le prolongement entre le pont du Loiret et Olivet Centre est réalisé.
Le 1er Octobre 1904, la ligne 3, Saint Loup-Cathédrale-Martroi est mise en service.
Le 5 octobre 1907, la ligne 2 est prolongée jusque Coin Rond au Nord, tandis que la ligne 3 est prolongée jusque Saint-Jean de la Ruelle. Enfin le 4 juin 1909, la ligne 4 Cimetière-Martroi-Jardin Botanique est mise en service

Le réseau atteint alors son apogée avec 26.014 Kms

Donc voila l’histoire de notre vieux tram, qui a rendu bien des services, bien que l’arrivée de la traction électrique ait fait quelques dégâts...

Le vieux tram n’a pas toujours été électrifié, ce n’est qu’au début du siècle que les caténaires furent posées et que la traction électrique fut utilisée. Avant, les trams était tractés par des chevaux, ce qui posait un problème aux terminus, car il fallait dételer les bêtes pour les changer de bout du tram. À cette occasion, l’on en profitait pour les faire boire, et aussi leur donner un bon petit picotin.

Le passage de la traction animale à la traction électrique en 1902 provoqua pas mal d’accidents, car les personnes étaient habituées d’entendre le claquement des sabots des chevaux sur les pavés, tandis que l’électricité était beaucoup moins sonore. L’hécatombe fut surtout sur la race canine qui ne pouvait plus se fier à ses oreilles pour passer.

Les pauvres chiens d’Orléans

Mon grand-père qui était coiffeur dans le faubourg Bannier au cours de années 1899, me racontait que, lorsque les trams tractés par des chevaux furent remplacés par la traction électrique, il y eu une hécatombe canine dans tout le quartier, car ces pauvres bêtes étaient habituées à se protéger de l’arrivée du tram, annoncé par le galop des chevaux.
Et soudain, plus de bruit, c’était presque le silence et beaucoup se firent prendre par l’arrivée soudaine de ce monstre de fer qui les écrasait.

À cette époque, beaucoup de personnes virent dans cette hécatombe un mauvais présage, car il ne faut pas oublier que les Orléanais sont appelés les chiens d’Orléans, et ils appréhendaient le même sort que celui de ces pauvres bêtes, par ce tram écraseur !...

Alors nous ne pouvons que regretter qu’actuellement ces travaux de la nouvelle ligne aient duré si longtemps et amené tant de désagrément pour la circulation et la vie de riverains.

Souvenir de promenades dans le vieux tram d’Orléans

Vers la fin des années 20, j’étais encore un enfant, et tous les jeudis après-midi ma grand-mère profitait de ce qu’il n’y avait pas d’école pour aller me promener.

La plupart du temps, la promenade se passait sur les mails, l’été sous les ombrages des marronniers, ou bien à l’automne où j’aimais ramasser les marrons pour m’amuser avec. Au printemps, quand les arbres se paraient de leurs feuilles, je disais à ma grand mère " tu vois les arbres mettent leurs paletots verts ".

Nous allions aussi sur les quais du Châtelet, au bord de la Loire : J’aimais y admirer les mariniers qui allaient chercher le sable dans le lit de la Loire, pour venir le décharger sur les quais. Les tas ainsi formés, étaient soit laissés tel que, soit étaient criblés pour séparer les cailloux du sable fin. C’était alors la ronde incessante des tombereaux, qui venaient charger le sable pour le livrer sur les chantiers de la ville.

Mais certains jeudis, quand j’avais été très sage durant la semaine et pour me faire un grand plaisir, ma grand-mère m’emmenait jusqu’à la place du Martroi. De là, nous prenions le tram pour aller à Olivet. C’était une grande épopée, le voyage était un vrai ravissement, bien que ce véhicule fut très sonore et que les sièges en bois n’annihilent pas les fortes vibrations.

Pourtant ce type de voyage était pour moi quelque chose de différent. Parfois quand le temps était au beau, la société des trams accrochait derrière la motrice un petit wagon qui n’avait pas de côté, et les sièges étaient remplacés par des bancs, les uns derrière les autres, le toit n’était qu’une simple toile. De cette façon la promenade était encore plus sympathique.

Après le départ de la place du Martroi, nous descendions la rue Royale, puis nous traversions le pont, d’où nous pouvions admirer le fleuve. Ensuite, la descente de l’avenue Dauphine et l’avenue du Loiret, bordée de tous les pépiniéristes. Enfin, arrivés sur le pont du Loiret, après l’avoir traversé, il y avait un arrêt du tram où nous descendions. Sous le pont se trouve une petite cale, où était amarré un bateau à moteur que nous empruntions pour nous rendre au Pavillon Bleu, un hôtel restaurant café et loueur de bateaux. Nous nous attablions sur la terrasse et elle m’offrait, pour goûter, un bon petit chocolat avec des gâteaux. Ensuite nous prenions le chemin du retour, Pour ce faire nous longions le Loiret par un petit sentier, puis par la route pour regagner l’arrêt du tram au pied du château du Couesnon (maintenant l’horloge fleurie).

Le retour se passait comme l’aller, cependant, il y a un arrêt obligatoire à la Croix-St-Marceau, car là se trouvait le bureau de l’octroi, à l’intersection de l’avenue Dauphine et la rue St-Marceau. Les Orléanais appelaient ce bureau " la maison des singes ", et les gabelous montaient dans le tram pour demander si nous n’avons rien à déclarer.
Pendant cet arrêt forcé, je regardais la statue de Jeanne d’Arc en haut du clocher de l’église St-Marceau, je me demandais si elle n’avait pas le vertige tout la-haut, et si elle n’allait pas tomber. Je ne pensais pas qu’un jour cela lui arriverait.

Et nous voilà de retour sur la place du Martroi, c’était la fin d’un beau jeudi. Certains jeudis, nous changions de direction et allions vers St-Loup. Le trajet était différent car de la place du Martroi nous empruntions la rue Jeanne d’Arc, puis devant la cathédrale nous obliquions vers la Préfecture et nous prenions la rue de Bourgogne, puis le faubourg, pour arriver enfin à St-Loup.
En descendant du tram, nous en profitions pour admirer la maison Brouard, qui était le plus grand négociant en vin de la région. Les ouvriers manœuvraient les fûts de vin avec dextérité pour les charger sur les camions. Puis ma grand-mère m’emmenait vers les bords de Loire et du canal. Nous nous trouvions alors au pied des grands murs de l’ancienne bastille de St Loup, qui fut un lieu historique de la bataille pour la délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc.

En revenant à pieds vers Orléans, nous voyions sur notre droite une éolienne d’un type particulier, c’est celle que Bollé avait inventé et qui avait un rendement supérieur à toutes les autres.
Ensuite nous admirons sur la Loire une drague en pleine action : Dans un grand bruit de ses godets, elle arrachait au fleuve le sable doré. Autour d’elle gravitait un petit remorqueur, tracté par un câble reposant au fond du lit du fleuve, et venant s’enrouler sur un gros tambour actionné par le moteur du remorqueur qui remmenait les chalands vides se remplir de sable.
Ces chalands étaient ensuite descendus en aval jusqu’au quai du roi où ils étaient déchargés par un petit pont transbordeur, lequel, soit remplissait les péniches sur le canal, soit remplissait les trémies pour charger les camions où tombereaux qui allaient livrer ce précieux matériaux sur les chantiers.

D’autres fois, nous nous arrêtions un peu avant St-Loup, devant le clos Fleuri, pour aller rendre visite à une amie de mes parents et en même temps visiter un joli jardin japonais que le propriétaire du clos entretenait avec amour.

La fois suivante nous nous dirigions vers la Madeleine en empruntant la rue de la Hallebarde, la rue des Carmes, la rue Porte-Madeleine où nous passions devant les bâtiments de l’hôpital, et le faubourg Madeleine, dans lequel nous passions devant l’usine de voitures Panhard, puis un peu plus loin devant les abattoirs de la ville.
Au terminus nous descendions et rattrapions le bord de Loire sur le sentier de halage vers l’aval. Nous admirions un superbe cèdre du Liban qui se trouvait dans le parc du château de la Montespan.
Dans l’autre sens et revenant vers la ville, au pied des abattoirs, se trouvait un égout qui déversait dans le fleuve des eaux chargées de sang. Autour il y avait toujours beaucoup de pêcheurs car le coin était bon.
Un peu plus loin sur le quai, il y avait le garage à bateaux de la société des régates d’Orléans, j’aimais en passant regarder ces jolis esquifs.

Il nous reste encore une quatrième direction, c’est le nord de la ville.
Pour cela nous prenions toujours le tram place du Martroi et partions par la rue de la République, tournions devant la gare puis prenions le faubourg Bannier en passant devant la fontaine de la place Gambetta. Au terminus, je regardais la danse du wattman qui était obligé de changer la position du trolley qu’il devait inverser pour pouvoir repartir dans l’autre sens, car il y avait deux postes de pilotage, un de chaque côté, ce qui permettait de changer le sens de la marche car l’on ne pouvait tourner la voiture du fait que la voie du tram était unique avec, par endroit, un doublement pour permettre le croisement.

Ensuite nous prenions la direction du terrain d’aviation d’Orléans, et là nous pouvions voir les quelques avions rangés dans le grand hangar. Avec un peu de chance peut-être pouvions-nous voir un avion décoller ou atterrir, mais à cette époque les vols étaient rares.

Jack



Commentaires

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vendredi 6 juillet 2012 à 17h18 - par  minijack

Formidable récit. On s’y croirait. Merci jack.

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