Le discours de Sarkozy sur l’accord "anti piratage"...
L’intégralité du discours de Nicolas Sarkozy prononcé ce vendredi 23 Novembre à l’occasion de la remise du rapport d’Olivennes sur le téléchargement illicite...
(lisible en intégralité sur le site de « tempsréel.nouvelobs.com » ou de ratiatum)
Les parties reprises ici sont en italiques.
Prenez le temps de lire ce discours pour bien vous rendre compte d’une chose : Il n’est question que de défense des intérêts industriels des Majors de la musique ou du cinéma, aucunement de l’intérêt des Internautes et pas davantage de celui des artistes créateurs (hormis la poignée de stars des « charts »), pourtant prétexte à cette réglementation hallucinante qui vise à mettre le Net sous haute surveillance de véritables milices privées défendant des intérêts privés !...
Non, Monsieur Sarkozy, le Net n’est pas le Far-West !... Et vous n’en êtes pas non plus le shérif, pas plus que les internautes ne sont tous des billy-the-kid !
Ce fameux « accord » — unanimement salué par les médias à votre botte et à celle de vos amis propriétaires de ces mêmes médias, ou par des artistes également de vos amis qui profitent impudiquement de l’état monopolistique du showbiz depuis des decennies – cet « accord » disais-je manque cruellement d’un autre partenaire pour être considéré comme un accord valable : les Internautes eux-mêmes.
Vous vous préparez des manifestations autrement plus sérieuses que celles consécutives aux réformes des régimes spéciaux...
Et ceci pour deux raisons bien simples :
1)Ce texte touche aux libertés fondamentales !
2)Il ne résoudra rien sans l’assentiment des intéressés eux-mêmes, les Internautes !
« Pour arriver à mettre en place cette solution de bon sens, cette pédagogie, il vous a fallu, je le sais, soulever des montagnes, tellement les inerties sont grandes dans notre pays dès qu’il s’agit d’être innovant et de proposer une solution qui ne tombe pas tout droit dans le pli des habitudes de la pensée... »
Les inerties sont monstrueuses en effet. Et là je serai d’accord avec vous. Mais il me souvient d’un certain jour de Décembre 2005 qui aurait pu faire faire un grand pas en avant à la Culture, et d’un autre jour, en Mai 2006, où une autre inertie émanant du groupe UMP au parlement a scandaleusement stoppé cette avancée. Ce jour là l’inertie fut de votre côté.
L’inertie est dans les têtes Monsieur le Président, mais surtout dans les portefeuilles de vos amis.
« Le filtrage consiste à retirer automatiquement les fichiers « pirates » des réseaux ou des plateformes d’hébergement au fur et à mesure de leur apparition. »
Intéressant !... Ca veut dire que la Poste pourrait préventivement fouiller dans vos courriers, ou qu’une banque pourrait vider votre coffre loué en ses locaux !
De quelle espèce de Liberté parlons-nous désormais ?
Ce texte n’a aucune chance de passer le barrage du Conseil d’Etat. En tout cas je l’espère, si le Conseil d’Etat est bien toujours le garant des Libertés Fondamentales !
Vous osez déclarer : « Un crédit d’impôt applicable aux productions phonographiques a été voté l’an dernier, mais sa mise en œuvre est limitée par des critères trop contraignants. Je souhaite donc que le régime de ce crédit d’impôt soit amélioré, et notifié à la Commission européenne dans les plus brefs délais pour pouvoir être applicable aux investissements consentis en 2007. »...
Accorder un crédit d’impôt encore supérieur à des sociétés qui se sont goinfré durant des décennies et qui pleurent aujourd’hui parce que leur Chiffre d’Affaire est tombé de 50% ?
Mais quand fera-t-on ce même régime aux innombrables petites entreprises de spectacle vivant, ou même aux artisans et commerçants qui auraient ces mêmes difficultés ?
Ces gens là pleurent la bouche pleine ! Si leur CA a baissé ces dernières années, c’est que leurs productions étaient sans intérêt ! La Créativité ne se loge pas dans le Casting ni dans le Marketing, et on voit bien que les seuls intérêts que vous défendez là sont ceux des grands marchands. Pas ceux des créatifs. Et encore moins évidemment ceux des consommateurs.
Vous concluez en disant : « L’art est la chose fragile la plus fragile et la plus nécessaire. »
Et là je vous rejoins.
Mais vous vous trompez sur la solution. En croyant « protéger » l’Art, vous l’enfermez au contraire dans un carcan et le livrez pieds et poings liés aux grands capitaux prédateurs !
L’Art, surtout celui qui vise à être populaire et qui l’est d’autant plus qu’il est partagé à moindre coût, aurait trouvé une source gratifiante et honorable dans l’application d’une « Licence Globale ». Cette formule, tant haïe par vos amis des Majors et par les artistes privilégiés de Hit-Parades truqués par les précédents, aurait été la meilleure ou à défaut, en tous cas la moins pire. Rien n’aurait empêché qu’elle fut aussi répartie proportionnellement au succès des oeuvres circulantes sur le net, mais avec des mesures d’audience bien plus fiables et transparentes, donc plus JUSTES, que les mesures de passages obligés dans les radios privées détenues par le monopole des Majors.
Tatouées, et donc repérables « dans le flux » des échanges —et non dans les parties privés louées par les hébergeurs—, les comptages dnas une libre circulation de ces oeuvres permettaient de déterminer les Droits d’Auteurs proportionnels, collectivement récoltés par un abonnement, voire forfaitairement comme la taxe TV, mais qui auraient pu facilement être répartis ensuite sans léser aucun artiste, tout en permettant l’émergence de nouveaux créateurs qui n’auraient pas nécessairement étés sous contrat de l’une ou l’autre Major.
Avec la Loi DADVSI d’abord (dont a pu mesurer depuis un ans la vanité), et maintenant avec ce soi-disant « accord historique » auquel les internautes n’ont pas été associés et ne peuvent évidemment pas souscrire, c’est l’inverse qui va advenir : vous mettez l’Art en captivité !...
Et vous y maintenez également les internautes, menacés de privation et de fichage, même s’il est vrai que la menace de « vraie prison » est moins immédiate.
Je vous prédis que le résultat sera contraire à celui escompté : Il y aura sans doute moins de copies illégales circulant sur le Net, mais du même coup il y aura une chute encore plus importante des ventes dans le système classique mis en place par les Majors car le boycott généralisé de leurs productions ne fera qu’empirer.
Les dernières études publiées au Canada montrent en effet clairement que, loin de nuire aux circuits de distribution classique, le P2P fait connaître les talents et les oeuvres, et concourt à leur promotion quand elles sont de qualité. Encore faut-il qu’elles le soient !
Et la mise en place de sites de vente en ligne par ces mêmes marchands de soupe ne résoudra pas la question tant que :
1) Cette soupe restera ce qu’elle est ;
2) Qu’elle sera vendue par des moyens immatériels au même prix que sur des supports matériels.
Il est scandaleux qu’un titre régulièrement acheté dans un de ces sites officiels soit payé au même prix que s’il était commercialisé chez un disquaire ! (de 1$ à 1€ le titre, ce qui met l’album complet aussi cher sinon plus qu’un CD physique)
Toute la structure industrielle et logistique de gravure et de transport physique des oeuvres est maintenant réalisée par la voier électronique et ce sont les clients qui gravent ou pas la "marchandise" qu’ils ont achetée.
Dans ces conditions, le Droit d’Auteur doit devenir la composante essentielle sinon unique, du prix payé au site distributeur.
Quand le prix d’une chanson sera abaissé à moins de 15 centimes d’Euro et réparti pour 50% à 80% aux créateurs, à l’inverse de ce qui se passe actuellement, peut-être qu’alors les gens accepteront de payer la création puisqu’elle sera à son juste prix.
Mais faire croire que la distribution électronique revient aussi cher, c’est de l’escroquerie pure et simple !
Permettez que l’on s’étonne que vous souteniez cette formule en son état actuel !
UFC-Que Choisir dénonce d’ailleurs hautement ces anomalies...
Pas étonnant dès lors qu’aucun site spécialisé (hormis ceux des Major$) ne souscrive à ce soi-disant "accord historique"... Historique, il risque de le devenir en effet, mais pas du tout dans le sens que vous semblez croire...

