Ha ha ha… dopi !... La loi dope les pirates !
C’est avec un sourire ironique que je lis dans la Presse aujourd’hui (AFP, Figaro, La Rep, etc.) que la loi Hadopi n’aurait pas en fin de compte les effets escomptés par ses initiateurs... C’est la conclusion paradoxale d’une enquête de l’université de Rennes_1.
Ce n’est pourtant pas faute de les avoir prévenus !
La gazettedorleans.fr en particulier les aura avertis depuis plus de trois ans. En fait depuis le vote de feu la loi DAVSI, première tentative de pénalisation du partage de la Culture par transposition en Droit Français d’une loi inique d’origine américaine. Cette disposition législative étrangère étant arrivée bien trop tard et étant déjà largement dépassée par la technologie dès son adoption, il n’était pas bien difficile de prévoir qu’elle n’aurait pas les effets escomptés. Espérant lutter contre l’inondation planétaire de la copie-pirate, le Gouvernement et les lobbies qui l’influencent ont tiré les conséquences de cet échec patent et ont alors étudié de nouvelles « lignes Maginot » de la Culture en imaginant les lois HADOPI 1, puis HADOPI 2, et enfin HADOPI 3, avant que de nous pondre une dernière incongruité votée ces derniers jours : LOPPSI, sensée protéger les enfants de la pédophilie et les français d’un hypothétique terrorisme, mais qui pourrait autoriser demain la police à poser un mouchard dans votre ordinateur...
Le déroulement de ces attaques contre le Net est facile à suivre et à comprendre :
Depuis des lustres, l’Industrie « Culturelle » avait perdu le droit à prétendre à son attribut. Elle était devenue une « Industrie » comme une autre, allais-je dire, davantage concernée par la valeur de ses actions en Bourse que la valeur de la Culture qu’elle était sensée répandre...
Qu’il s’agisse du monde musical, cinématographique, de l’édition littéraire, ou même (encore plus grave !) de celui de l’information, les regroupements effectués au sein de quatre ou cinq grands trusts internationaux comme VIVENDI-UNIVERSAL, WARNER, MURDOCK, BOUYGUES, BOLORÉ, HACHETTE, et j’en passe, désormais la plupart des réseaux de diffusion/distribution sont sous la coupe de l’un ou l’autre de ces groupes. Et au même titre que l’introduction des OGM en Agriculture TUE la diversité biologique, ces groupes, financiers avant d’être culturels, ont, par leur concentration même, éliminé tout ce qui faisait la richesse de la Culture : sa DIVERSITÉ NATURELLE.
L’arrivée d’Internet a heureusement permis de sauvegarder un espace de Liberté, une « effervescence sauvage » de la Création et de sa Diffusion, hors du contrôle et du filtrage économique de ces ogres de la pensée qui se nourrissent de l’intellect des autres... Ces industriels sont donc furieux, comme on a souvent pu s’en rendre compte lors des innombrables apparitions télévisées du mal nommé Nègre, représentant en France d’UNIVERSAL qui ne manquait jamais une occasion de stigmatiser les soi-disant « co-pilleurs » du Net... Furieux de constater que le marché leur échappait... pas tant parce que les échanges par P2P existaient, mais parce qu’ils étaient étaient par essence gratuits, donc qu’ils ne leur rapportaient rien... Il fallait donc gagner du temps pour leur permettre de mettre en place une distribution électronique payante : le « Téléchargement Légal », qui leur permet de faire encore plus de profits puisque le support est quasi gratuit et la logistique inexistante par rapport au marché des galettes plastique.
Dans le même temps, la Politique et « son rapport au citoyen » changeaient aussi... Ce fut la naissance de la « Démocratie Participative », et on a vu comment l’incroyable opération « Désirs d’avenir » de Ségolène Royal durant la campagne présidentielle (Ségolène avait d’ailleurs pris position pour la Licence Globale), et comment cette campagne sur Internet l’a amenée contre toute attente à la tête de la Gauche malgré l’opposition affichée de ses principaux rivaux. Elle a d’ailleurs perdu à cause d’eux, accordant ainsi la victoire à un Sarkozy qui prônait encore (la Crise n’était pas arrivée) la flamboyance du Supra-Libéralisme des ses amis milliardaires !...
Étrangement, depuis, tout le monde s’est mis au Net, à Droite comme à Gauche... – Je ne parle pas de quelques exceptions comme Orléans où, depuis 2001, existait déjà une relative interactivité citoyenne avec la municipalité dans le cadre d’une démocratie participative timide mais pionnière, avec entre autres la réfection du site municipal muni d’un forum et d’un chat hebdomadaire avec Monsieur le Maire dont beaucoup regrettent l’absence aujourd’hui —.
Dans le domaine de l’Information, les principaux journaux ont dû eux aussi se convertir au virtuel qu’ils combattaient ardemment au début, mais qui en fin de compte leur convient tout-à-fait aujourd’hui en tant que « teaser » pour vendre leurs éditions papiers.
Comment s’étonner dans ce contexte que les lois HADOPI, essentiellement ressenties comme répressives, contrairement à l’image préventive et pédagogique que le Gouvernement aurait voulu leur donner avec les appellations « Création et Internet » ou « réponse graduée », s’avèrent un flop supplémentaire ?
J’ai eu l’occasion de dire au micro de France-Bleu la semaine dernière ce que je pensais de l’impréparation de nos dirigeants, de leur inconscience même, face aux conséquences inéluctables bien que largement sous-estimées du réchauffement climatique et de l’augmentation en fréquence et en intensité des catastrophes qui lui sont dues. La Terre s’ébroue. La croûte terrestre bouge puisqu’elle se réchauffe en même temps que les océans. Comme chantait Annie Cordy, « Chauffe un marron, ça le fait péter ! »... Qu’il s’agisse des cyclones, des tempêtes, des tremblements de terre ou des éruptions volcaniques et des tsunamis, je m’étonne que nous assistions encore avec étonnement à leur accroissement en nombre et en puissance. Nous devons non pas nous efforcer de lutter contre de telles forces, mais au contraire tenter de nous y adapter avec souplesse. Nous ne serons jamais propriétaires de la planète, nous sommes juste ses locataires indélicats, ses puces, ses poux, ses doryphores, en tous cas au nombre de ses parasites. Ne croyons pas que nous sommes les bienvenus dans la Nature ! Nous devons apprendre à « surfer », à planter nos tentes plutôt qu’à planter nos racines et des barbelés autour.
Il en va de même de la Culture à travers le réseau Internet. Il est illusoire de croire à la pérennité d’une rente due à une position privilégiée, et nous ne pourrons plus – si tant est que ce fut jamais souhaitable – élever des digues contre une élévation mondiale des échanges.
Que ces échanges soient d’ordre informationnels (rôle de Twitter durant les manifestations en Iran), d’ordre politique (exemple de Désirs d’avenir de Ségolène Royal ou campagne de Barack Obama aux USA), ou culturels (les exemples ne se comptent plus de jeunes artistes dont l’éclosion s’est faite d’abord sur le net avant qu’ils ne soient « récupérés » par une major...).
Par ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes : le cinéma comme l’industrie musicale ne se sont jamais aussi bien portés que ces deux dernières années. Le nombre des entrées en salles a battu tous les records en 2009, ainsi que celui des entrées de concerts.
L’industrie qui exploitait la Création est morte ! Pourquoi s’acharner à sauver un cadavre ? Ce qui compte c’est que la Création, elle, soit bien vivante !
Écrivain moi-même, et père d’un musicien de talent (si, si !), je ne me réjouis pas du tout que ces diverses tentatives pour endiguer le tsunami des infractions au Droit d’Auteur s’avèrent des flops retentissants. Je me réjouirais bien avantage que l’on adapte ce Droit d’Auteur aux Nouvelles Technologies et à la Diffusion/Distribution directe, plutôt qu’aux anciens modèles mercantiles et obsolètes de Diffusion/Distribution « estam-pillée ».


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