FELIX DUPANLOUP, Homme Politique et Evêque d’Orléans
par
popularité : 6%
« Ce siècle (le XIXème) avait deux ans, Napoléon perçait sous Bonaparte... » (Victor HUGO), lorsque le 3 janvier 1802 naît au château de Lacombe, à Saint-Félix, près de Chambéry, dans le département de la Savoie, Félix Antoine Philibert DUPANLOUP.
Il était un enfant naturel dont le père, selon Ernest RENAN, devait être un homme de noble naissance… Ceci explique sans doute qu’il ait bénéficié très tôt d’une évidente protection qui va le conduire à Paris en compagnie de sa mère, Anne Dechosal. C’est toutefois cette dernière qui, bien que très seule, va lui faire suivre des études au Collège sainte-Barbe.
Il poursuit donc des études poussées en grammaire, en philosophie dans divers établissements, avant de se consacrer entièrement à la théologie au grand séminaire de Saint Sulpice. Pénétré d’une foi profonde, il est ordonné prêtre le 18 décembre 1825.
En 1826, le jeune prêtre Félix Dupanloup est nommé vicaire en l’église de « la Madeleine » de Paris et là, il se voit attribuer la charge de l’éducation religieuse d’Henri de Bourbon, du duc de Bordeaux (futur prétendant au trône de France après 1870 avec le titre d’Henri V), puis de Ferdinand, Philippe, Louis, (duc d’Orléans, mort dans un accident de calèche en 1842).
En 1834 il est nommé curé de la paroisse Saint-Roch et là il s‘épanouit dans la prédication : ses sermons font l’admiration des fidèles.
En 1837, il est nommé supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qu’il réforme et reconstruit entièrement.
Cet établissement transformé en un séminaire préparatoire à la prêtrise va compter deux cents élèves issus de familles riches, mais également de familles modestes méritantes. Il aura dans cette école particulière un élève, Ernest Renan qui, initialement destiné à la prêtrise, va entre autre apprendre l’Hébreu, puis, perdant la foi, agrégé de philosophie il deviendra historien, archéologue, et le grand écrivain que l’on sait.
En 1838, à la demande de l’évêque de Paris, il accompagne les derniers instants de Talleyrand, à la carrière d’abord cléricale et ensuite surtout politique sous la Révolution, l’Empire et la Restauration monarchique de 1815.
En 1844, Félix Dupanloup s’engage aux côtés de Charles de Montalembert dans un combat pour la défense des libertés, notamment celle de l’enseignement et, afin de mener à bien cette tâche, il quitte en 1845 ses fonctions au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et, grâce à l’appui de Mgr Affre, il est nommé chanoine de Notre-Dame.
En 1848, il participe à la commission extra-parlementaire, présidée par Adolphe Thiers, qui va élaborer le principe de la liberté de l’enseignement primaire et secondaire. Les conclusions de cette commission seront largement reprises dans le texte de la Loi Falloux du 15 mars 1850.
C’est en 1849 que Félix Dupanloup est nommé évêque d’Orléans.
Mgr Félix DUPANLOUP, évêque d’Orléans de 1849 à 1878
L’une des tâches pour lui les plus essentielles était de rappeler à la nation toute entière le rôle capital qu’avait joué Jeanne d’Arc en son temps.
Pour lui, il était essentiel pour la chrétienté que cette jeune fille soit canonisée dans les plus brefs délais. Rappelons que malgré ses efforts et notamment la rédaction d’un Panégyrique élaboré en 1855, alors qu’il avait déjà été élu à l’Académie Française le 18 mai 1854, cette canonisation ne sera prononcée que le 16 mai 1920.
Sa présence en cette docte Académie ne va pas sans interventions pour le moins fracassantes.
Devenu chef du parti religieux, il s’oppose en 1863 à la candidature d’Emile Littré, considéré comme athée, puis à celles de Renan (qui fut pourtant son élève au petit Séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet) et de Taine.
La guerre de 1870, la ruée prussienne sur une grande partie de la France et notamment la région d’Orléans, la défaite des armées napoléoniennes (celles de Napoléon III) à Sedan le 1er septembre 1870, la « Commune de Paris », la fuite de Gambetta en ballon vers Tours et la proclamation de la République le 4 septembre, vont amener Félix Dupanloup à s’impliquer avec détermination dans la vie politique.
Il est élu député du Loiret le 8 février 1871 et prend la tête du groupe catholique libéral. Il sera, un peu plus tard, en fin 1875, élu sénateur inamovible par l’Assemblée Nationale.
De 1875 à sa mort, le 11 octobre 1878, au château de Lacombe (Isère), Félix Dupanloup s’investit totalement dans son désir de voir se réaliser la restauration monarchique.
Après la défaite de 1870, des élections pour la constitution d’une Assemblée Nationale ont lieu le 8 février 1871 et donnent une large majorité royaliste (à laquelle adhère évidemment Félix Dupanloup).
La restauration d’une royauté échoue, car devant l’exigence du Comte de Chambord, de la famille des Bourbons, de régner avec le titre d’Henri V et surtout, que le drapeau de la France tricolore soit remplacé par un drapeau blanc, l’Assemblée se voit dans l’obligation de voter une loi (à une voix de majorité) qui confie le pouvoir suprême à Mac Mahon, pour une durée de sept ans. Bien que le terme ne soit pas clairement explicite, il s’agit en fait de la création de la IIIème République.
Avant de formuler ses exigences, le comte de Chambord avait accordé une audience à Mgr Dupanloup qui, royaliste dans l’âme, voulait tempérer les volontés du comte. Cette entrevue se solda par un échec qui amena le prélat à s’exclamer : « Je viens d’assister à un phénomène sans exemple. Jamais on n’a vu une cécité morale aussi absolue ! »
À sa mort, le corps de Félix Dupanloup (excepté son cœur qui se trouve dans son village natal) est transféré dans la cathédrale d’Orléans, où un mausolée représentant l’évêque allongé sur son lit funèbre sera érigé en 1888.
De plus la ville dont il fut l’évêque donnera son nom à une rue qui débute place de la cathédrale et, passant devant la bibliothèque municipale, anciennement l’évêché, débouche rue du Bourdon Blanc.
CONCLUSION
Félix DUPANLOUP, dont on vient de retracer la vie à grands traits, fut tout à la fois un prêtre profondément attaché à sa foi chrétienne, un enseignant-éducateur très sollicité, un homme politiquement engagé dans un « catholicisme libéral » et les idées royalistes, un défenseur de la liberté de l’enseignement.
Il fut également, sur le plan international au lendemain de la guerre d’Italie, pour le rétablissement du pouvoir temporel du pape, et en même temps opposé à l’infaillibilité de ce même pape qui devait être reconnue au concile Vatican I convoqué par Pie IX, le 8 décembre 1869.
(Cette infaillibilité est proclamée malgré l’opposition de 55 évêques qui quittent le concile en cours de cession !)
Enfin Félix Dupanloup fut un écrivain fécond :
- six volumes intitulés « L’Education »,
- un « Panégyrique » destiné à introduire la béatification et la canonisation de Jeanne d’Arc ;
- une brochure intitulée : « La Convention du 15 septembre et l’Encyclique du 8 septembre » (janv. 1855). Cette publication venait édulcorer les quelques quatre-vingt propositions du Syllabus jugées inacceptables par le pape : les hérésies panthéistes, le naturalisme, le rationalisme absolu, le socialisme, la franc-maçonnerie...
Ce Syllabus souleva dans les sociétés modernes une intense réprobation, alors qu’il fut accueilli avec enthousiasme par les catholiques intransigeants. Les anticléricaux l’exploitèrent contre l’Eglise, clamant haut et fort à l’obscurantisme du Vatican. En France, beaucoup de catholiques libéraux furent déconcertés, ne sachant plus à quel saint se vouer.
Ainsi ce Félix Dupanloup mérite amplement par sa renommée de rejoindre la lignée des prélats qui, avec Saint Aignan, Théodulphe, récemment J.M. Lustiger, et d’autres encore, ont donné à la ville d’Orléans une aura nationale et internationale….
Michel PONTOIS, 2007
Sources bibliographiques
.Chastenet Jacques : Cent ans de République, Tome 1, Librairie Jules Taillandier, Paris 1970
.Encyclopédie Universalis 2001 « Felix Dupanloup (1802-1878) »
.Internet 1. http://cdvorleans.free.fr /SteCroix_dupanloup.htm 2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mgr_Du...
.Lagrange Bruno : Histoire des papes de Saint Pierre à Jean-Paul II. Editions Taillandier. 2000.
.Dictionnaire d’Histoire de France PERRIN. Librairie Académique Perrin. Paris 1981.
.Crédit photographique : Le tombeau de Mgr Dupanloup dans la cathédrale d’Orléans. http://cdvorleans.free.fr

