Coup d’épée dans l’eau du marais spéculatif
« C’est un sujet capital car l’opinion publique n’acceptera pas, qu’après la crise que nous avons connue, le monde redevienne comme avant. Elle n’acceptera pas la spéculation qui n’enrichit que quelques uns en faisant prendre des risques à tous. »
(Extrait du discours de Sarkozy le 25 Août aux banquiers)
Hier jeudi, la France a joint l’acte à la parole... paraît-il !... en décidant d’étaler sur trois ans les « bonus » (rémunérations des traders payés à la commission) sur les marchés financiers.
Certes, c’est déjà quelque chose, puisque jusque là ces braves gens gagnaient très gros lorsqu’ils réussissaient leurs paris en Bourse, faits avec l’argent des autres, mais n’y perdaient rien ou très peu lorsqu’ils perdaient l’argent des autres ! Le fait d’écrêter leurs rémunérations en les étalant sur plusieurs années, et surtout en prenant en compte les pertes autant que les gains, est effectivement un premier pas vers une « régulation » qui s’imposait. Mais est-ce bien la vraie solution ? A-t-on vraiment pris le problème à bras le corps ?
NON !
Car ce n’est pas la spéculation elle-même qui est directement visée par cette restriction au niveau des bonus payés aux traders, c’est simplement la « spéculation hasardeuse »...
Or, l’ennemi c’est la Spéculation tout court !
Comparativement aux propos tenus le 25 Août dernier par Nicolas Sarkozy, il s’agit donc bel et bien d’un recul face aux banquiers auquel nous assistons, sans qu’aucun grand média ne relève l’incohérence entre la parole et les actes !
Les banquiers vont pouvoir continuer à spéculer avec l’argent des épargnants, sans se voir opposer aucune nouvelle barrière de sécurité. Simplement ils devront faire plus attention et prendre des paris moins risqués... La belle affaire ! Ça limitera sans doute quelques pertes trop voyantes en Bourse, mais ça n’empêchera pas la Spéculation pure, comme celle ayant eu lieu sur l’Immobilier depuis quinze ans et qui est responsable de la « bulle immobilière » qui ne demandait qu’à éclater bien avant même l’accident des actions pourries des « Subprimes » américains.
Pourquoi ?
Parce que tout simplement la spéculation immobilière est le résultat d’une anticipation effrénée (c’est même sa définition) complètement déconnectée des réalités sur lesquelles est assise l’économie réelle : Celle de la hausse permanente du prix du m² de logement, autant dans les grandes villes qu’en périphéries. Mais à plus forte raison dans les grandes villes puisque, la crise aidant à la sagesse, les coûts d’énergie pour les déplacements sont d’autant plus pris en considération dans les budgets familiaux.
L’augmentation des prix constatée depuis quinze ans, et particulièrement ces cinq dernières années, « arrangeait » tous les professionnels du secteur qui se rémunèrent à la commission (notaires inclus), et surtout les banques qui prêtaient beaucoup plus d’argent pour un même risque sur une même affaire. Les Chiffres d’Affaires des Banques et les bénéfices en résultant étaient évidemment les bienvenus tant que la croissance perdurait.
Mais les arbres ne grimpent pas jusqu’au ciel ! La « Crise » a mis fin à ce rêve.
L’augmentation des prix de l’immobilier dans un système dit "libéral" (soumis à la seule loi de l’Offre et de la Demande) ne peut se justifier que par l’augmentation globale des revenus d’une population, laquelle aspire à accéder à la propriété de son logement et éventuellement à celle d’une résidence secondaire. Or, en temps de crise nous sommes très loin de ce schéma.
Dans les conditions économiques actuelles, je ne vois pas comment une famille ordinaire qui, durant ces quinze dernières années, n’a pas vu ses revenus augmenter dans les mêmes proportions que l’indice des prix immobiliers, pourrait continuer d’envisager l’accession à la propriété... (voir l’article du 22Septembre : Connaissez-vous le Tunnel de Friggit ?)
À moins qu’on veuille nous obliger à réduire notre espace vital en partageant nos appartements à plusieurs familles, comme aux jours glorieux du système soviétique ?...
Malgré l’aspect paradoxal que cette vision implique, je ne serais pas plus étonné que cela si on me disait un jour que c’est la seule solution. Ainsi, l’ultra-Libéralisme et sa spéculation infernale qu’on n’aura pas été capables de stopper aboutiront au même désastreux résultat que l’économie du collectivisme marxiste...
J’aurais presque envie de rigoler si la chose ne se passait en France, aujourd’hui, et sous nos yeux !


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