Au bon cochon français...

Ce n’est pas sans une certaine ironie au regard de l’argumentation politicienne des uns ou des autres que je vais me permettre aujourd’hui quelques rapprochements aussi stupides qu’incongrus d’arguments politiciens pris dans l’actualité.
La Rep nous propose sur son site un article sur la jeune Najlae, étudiante d’origine marocaine renvoyée manu-militari dans son pays, après cinq ans de vie studieuse et d’une présence sans aucun scandale chez nous.
Le seul scandale à mon avis est que précisément la Police (chargée de protéger les citoyens, mais aussi les humains en général même quand ils ne sont pas citoyens français) ait trouvé que la meilleure façon de la protéger était de la renvoyer dans la culture que précisément la jeune Najlae avait fui en venant chez nous !... Cherchez l’erreur !
De son côté, LibéOrléans nous rapporte la grosse colère d’un maire PS d’Indre-et-Loire qui s’offusque du discours sur la « laïcité positive » du chanoine de Saint-Jean de Latran ( un dénommé Sarkozy), du débat qu’il juge très glauque sur l’Identité Nationale, de la loi sur la Burqa, de la restauration rapide « hallal », etc., et qui avait fait rajouter au fronton de sa mairie le mot « Laïcité » après la devise de la République Française jusqu’à ce que le Préfet de la République le lui fasse retirer.
Il y a quelques semaines encore, on ne parlait dans tous les médias que des « minarets » impopulaires en Suisse, alors que la question n’avait pas même été posée chez nous, où par contre l’interdiction du port de cagoules sur la voie publique aurait dû trancher par avance la question du port de la Burqa, qui n’est guère autre chose qu’une cagoule globale...
Tous ces thèmes, qui ont de près ou de loin un rapport avec la Laïcité de l’État Français mais remettent en question spécialement la place de l’Islam dans la France d’aujourd’hui, sont exploités à fond par les extrémistes de tous bords dans la campagne électorale actuelle.
Exploitation à fronts renversés bien sûr, qui atteint au paroxysme quand le FN dénonce la restauration hallal et que le NPA choisit de présenter dans ses listes une femme voilée...
Mais aussi, comme on le voit trop souvent, certains élus UMP ou PS qui en font tout autant.
Salir un rival par son soi-disant passé judiciairement douteux – qui en fin de compte s’avère n’être pas le sien — est pour le moins un procédé ignoble... (et ce passé eût-il été effectivement le sien, ça n’aurait pas été pour autant un argument de campagne loyal dès lors que sa peine aurait été accomplie.)
Et dans le camp d’en face, ce n’est pas parce que le PS aura désavoué son ex-champion de Montpellier que son harmonieuse campagne va retrouver une nouvelle « Frêcheur »...
Face à toutes ces attitudes offusquées ou outragées, artistement affichées par les uns ou les autres suite à un petit mot d’humour ou à une tirade cinglante envers le rival ou l’adversaire, j’avoue qu’il m’arrive à moi aussi parfois de me sentir fatigué de tout ce cirque politicien, basé sur des petites phrases et des mots qui font mouche sans qu’on sache vraiment le fond de l’enjeu : quels sont les contenus des programmes.
Qu’est-ce que ça peut bien nous foutre que les Suisses ne veuillent pas de minarets chez eux ? C’est leur problème. La France, pourtant sensée être « laïque et républicaine », accepte sur son sol depuis près de deux mille ans des synagogues, des cathédrales et des clochers à ses églises ! La plus vieille mosquée de France date de 1905 et fut construite à la Réunion au lendemain de la Loi du petit père Combes, et la Grande Mosquée de Paris a été inaugurée en 1926. En 1985 on comptait 913 lieux de culte musulman sur le territoire, il en existe aujourd’hui 2147. Ça gêne qui ?... Les muezzines sont discrets et personne en France n’est encore obligé d’étaler comme en Arabie son tapis de prière en pleine rue !
La Liberté de Conscience donne à chacun le droit de croire en ce qu’il veut.
Par contre, le Droit des femmes à être protégées d’éventuelles violences familiales (qui n’ont rien à voir avec l’Islam mais tiennent à une « culture » ou plutôt une « inculture » traditionnelle) doit primer sur toute autre considération, et j’ai honte pour mon pays qu’on en vienne à expulser une jeune fille demandant du secours aux autorités françaises. C’était même une occasion unique et ô combien justifiée de lui donner asile en lui fournissant précisément des papiers qu’elle n’avait pas. Et ça n’a aucun rapport avec une quelconque religion !
La Liberté de Conscience ordonne à chacun de secourir qui est dans la détresse.
Qu’est-ce que ça peut bien nous foutre qu’un maire d’une grande ville du sud considère qu’untel de son propre parti serait quelqu’un de « pas très catholique » ?... Qui a parlé d’antisémitisme sinon ceux qui avaient intérêt à semer le trouble pour mieux se « victimiser » ? Et si à la place il avait dit « pas tibulaire mais presque », est-ce que ça aurait changé la donne ?... Pas davantage ! Parce que la véritable question, la cible, n’est pas Georges Frêche lui-même mais le soutien qu’il serait capable d’apporter à Ségolène Royal lors des prochaines Présidentielles...
La Liberté de Conscience donne à chacun le droit de soutenir qui il veut.
Qu’est-ce que ça peut nous bien foutre qu’un restaurant — pour des raisons évidentes de marketing commercial et non de clientélisme politique — décide de faire des plats adaptés à sa clientèle locale ? Qu’y a-t-il de choquant là-dedans ? Est-ce le fait que ça se passe en plein fief de la Secrétaire Générale du PS ?
La Liberté de Conscience donne à chacun le droit de manger ce qu’il veut.
Je voudrais donc m’élever ici solennellement, et avec la même véhémence que certains politiques, contre la suppression de notre « Fête du Cochon » locale, remplacée avec un certain talent je dois dire par un Festival tout de Travers par une association dont le dirigeant n’a jamais caché ses idées de gauche.
Je ne les lui reprocherai certainement pas même si ce ne sont pas les miennes, mais je trouve tout de même fort peu démocratique qu’il ait, de son propre chef et sans consulter la population orléanaise, débaptisé notre traditionnelle « Fête du Cochon » !
Après tout, c’était une tradition locale multi-séculaire et que n’interdisait point l’Église à l’ombre de laquelle cette fête se produisait, et son intitulé porcin n’empêchait pas les jeunes beurs ou les jeunes juifs de venir s’y éclater comme les autres.
« Dans le cochon tout est bon ! » dit le proverbe. Et – Dieu merci ! – de nombreux restaurants d’Orléans proposent encore du cochon à leur carte pour ceux qui aiment ça, en dépit de l’augmentation de la clientèle musulmane. Ce qui n’empêche pas d’apprécier à leur juste valeur les cuisines kascher ou hallal, ou asiatiques ou antillaises ou autres, quelles que soient les religions du cru, mais nul n’est obligé d’aller au Quick de Roubaix ou l’un des huit autres répartis en banlieue parisienne !
La Liberté de Conscience donne à chacun le droit de choisir son restaurant.
Pourquoi donc toutes ces questions, hors du champ politique proprement dit, sont-elles ainsi mises en avant par les diverses factions ?... Ne se trouve-t-il donc plus d’arguments électoraux solides et sérieux ?
À la réflexion, peut-être que le président d’association dont je parlais ci-dessus aura eu raison de changer le titre de son animation annuelle... Aujourd’hui, tout semble aller de Travers !


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